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Yorgos Thèmelis, Ars poetica et Poèmes bibliques

par Bernard Grasset

Yorgos Thèmelis, Ars poetica et Poèmes bibliques

Ars poetica et Poèmes bibliques, les deux derniers recueils de Yòrgos Thèmelis (1900-1976) sont parus peu de temps avant sa mort comme la conclusion d’un long chemin, d’une vie en poésie. En même temps qu’il s’interroge sur la poésie, le rôle du poète, il écrit des poèmes inspirés très librement, souvent de manière inattendue, déconcertante, de la Bible. Pour Y. Thèmelis, le poète, être de feu, est à la fois un veilleur, un messager et un prophète. Né de la lumière, nourri de mémoire, pétri d’humanité et de sacré, le poème oriente vers l’aurore.

Dans ces deux recueils, le lecteur croise sans cesse ce qui se trouve au cœur de notre condition, ainsi de l’amour, la lutte de la vie et de la mort. Avec une grande clairvoyance et une rare vigueur, le poète de Thessalonique dénonce l’extension sans frein du règne du profit, l’empire du commerce, la marchandisation des choses, des êtres, qui rendent notre monde antipoétique, inhumain, l’éloignant de la lumière. Tout s’achète, tout se vend. Pour que notre commune maison ne reste pas une maison de commerce, il faut accueillir la parole brûlante du poète qui annonce une possible délivrance.

Habitée par un questionnement existentiel sur notre destinée, traversée de visions surréelles, apocalyptiques, la poésie de Y. Thèmelis mêle à des accents de tragédie grecque et au dialogue avec des versets bibliques un moderne lyrisme. Une pensée poétique de l’homme, de l’univers, de notre temps, s’élève en un chant âpre et puissant. Oscillant entre incroyance et croyance, le poète s’approche du mystère en traversant la chair. Sa quête mystique de lumière demeure étrangement incarnée, tourmentée par la matière, tout en se tournant vers un Regard sauveur.

Loin du langage qui avilit le monde en le monnayant, le poète parle « une autre langue », participe à l’élévation des choses en les nommant, des êtres en les aimant. Attentif à ces éclairs qui nous révèlent un peu de l’invisible, disent le sens de l’existence, enracinent notre vie dans la beauté, le poète, au milieu des plus grands périls qui assaillent l’homme contemporain, accueille comme une « fine lune » l’espérance en sa maison de lumière et en fait don à qui veut bien prêter l’oreille à son chant ultime, tissé d’ailleurs.

À propos de l’auteur

Grasset Bernard



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